Jingdezhen, la capitale de la porcelaine qui attire des artistes du monde entier

China Daily | 2026-08-06 15:50
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L’artiste canadien Philip Read travaille les couleurs de ses porcelaines dans son atelier de Jingdezhen, dans la province du Jiangxi. PHOTO FOURNIE AU CHINA DAILY

Le charme et la modernité de la ville renforcent son statut dans l’univers de l’art.

Au centre du studio de l’artiste canadien Philip Read, à Jingdezhen dans la province du Jiangxi, trône une assiette en porcelaine qu’il considère comme son œuvre la plus précieuse. Sur la surface illustrée, une rivière traverse la ville et la divise en deux mondes distincts. D’un côté, une version moderne de Jingdezhen marquée par les logos familiers de KFC et McDonald’s. De l’autre, un paysage plus silencieux composé de toits de tuiles, de petits ponts, de champs et d’eau - un univers lent et plus apaisé, qui semble encore résister au rythme effréné de la vie contemporaine. Pour Read, cette assiette représente bien plus que son œuvre favorite : elle incarne la ville elle-même.

Reconnue depuis plus de mille ans comme la capitale chinoise de la porcelaine, Jingdezhen a été désignée Ville créative de l’UNESCO dans le domaine de l’artisanat et des arts populaires en 2014. Ces dernières années, elle attire une attention internationale croissante grâce à ses résidences d’artistes, expositions, marchés créatifs et plateformes d’échanges culturels.

Une fascination artistique

La passion de Philip Read pour l’art chinois remonte à plus de quarante ans, à l’époque de ses études en Amérique du Nord, passion qui l’a conduit pour la première fois à Jingdezhen en 1989. Lors de ce court séjour, il réalise une tasse en bambou assis sur le site d’un ancien four, dans ce qui constitue aujourd’hui le quartier historique et culturel de Taoyangli. « Ce site abritait un ancien four depuis au moins quatre cents ans, raconte l’artiste. Cela donnait une profondeur particulière au lieu. J’avais le sentiment d’être immergé dans l’histoire et la culture. » Il revient en 1996, en tant qu’artiste en résidence dans une école locale pendant six mois. Puis revient, encore et encore. Des années plus tard, Read ouvre son propre atelier sur place, et commence à passer une grande partie de l’année à Jingdezhen. Ce qui l’a profondément marqué n’est pas seulement la réputation de la ville dans le domaine de la céramique, mais le fait que sa vie culturelle n’a jamais été totalement coupée du quotidien de ses habitants. « Avec le temps, de plus en plus d’étrangers sont venus s’installer ici attirés par l’incroyable richesse artistique, culturelle et historique, mais aussi par les habitants eux-mêmes », explique-t-il.

L’artiste allemande Karin Flurer-Brunger dans son atelier de Taoxichuan Ceramic Art Avenue à Jingdezhen, dans le Jiangxi, le 8 avril 2025. DU JUANJUAN / XINHUA

Un nouveau repère culturel

Aujourd’hui, cette attractivité est visible dans toute la ville, mais sans doute nulle part aussi clairement qu’à Taoxichuan Ceramic Art Avenue. Aménagé sur l’ancien site de l’usine de porcelaine Universe, Taoxichuan a entamé sa rénovation en 2013 avant d’ouvrir officiellement au public en 2016. Depuis, le lieu est devenu l’un des grands repères culturels de Jingdezhen, accueillant des résidences de courte durée pour plus de 800 artistes, issus d’une cinquantaine de pays.

Les anciens bâtiments industriels sont toujours là, tout comme les cheminées, désormais accessoirisés de galeries, d’ateliers, de musées, de cafés, de marchés et d’espaces de performance à l’intérieur mais aussi tout autour. Le week-end, les visiteurs déambulent parmi les stands de céramique et les expositions, tandis que des artistes venus du monde entier échangent autour des émaux, des cuissons et des formes.

Dans le village de Xianghu, autre haut lieu de la céramique à Jingdezhen, des artistes étrangers ont trouvé eux aussi un nouveau rythme de vie et de création. Parmi eux l’Espagnol Jaume Ribalta, qui a installé son propre atelier dans le tempo paisible de la campagne. « Au fil des années, j’ai créé une série de tasses à thé inspirées du zodiaque chinois, chacune représentant un animal différent, explique Ribalta. J’ai appris à aimer cet élément traditionnel de la culture chinoise et j’ai continué à l’intégrer dans mon travail. Par ailleurs, échanger avec de jeunes céramistes et des étudiants, explorer la manière dont tradition et innovation peuvent se mêler, est essentiel pour nourrir mon inspiration.»

Un événement phare

Si Taoxichuan incarne l’énergie créative contemporaine de la ville, l’Exposition internationale de la céramique de Jingdezhen représente une autre facette de cette ouverture : plus institutionnelle, publique et résolument tournée vers l’international. L’artiste céramiste française Manon Valle est revenue à Jingdezhen pour la troisième fois à l’occasion de l’édition 2025 de l’exposition, rejoignant à nouveau la communauté d’artistes en résidence. Pour elle, la ville offre quelque chose de devenu rare : un lieu où des artistes issus de cultures différentes peuvent non seulement se rencontrer brièvement, mais créer de véritables échanges. Selon elle, rencontrer des personnes issues d’autres cultures est ce qui permet de grandir.

Pourtant, présenter Jingdezhen comme une ville récemment devenue internationale reviendrait à manquer l’essentiel : cette dimension fait partie de son identité depuis des siècles. « Quand on observe les modèles bleu et blanc, tout n’est pas uniquement chinois, décrypte Philip Read. Ces porcelaines ont été influencées par le Moyen-Orient et l’Europe. Jingdezhen est un magnifique reflet de la manière dont l’internationalisme peut être accueilli de toutes parts. »

L’Histoire le confirme

L’historien américain Robert Finlay, auteur de The Pilgrim Art: Cultures of Porcelain in World History, a notamment affirmé que la porcelaine de Jingdezhen, au XVIe siècle, avait contribué à déclencher la première vague de mondialisation de l’histoire humaine. Le long des grandes routes maritimes reliant l’Asie, l’Afrique, l’Europe puis les Amériques, la porcelaine quittait la Chine en transportant non seulement des marchandises, mais aussi des goûts, des technologies et des visions du monde. L’UNESCO souligne aussi que, durant des siècles, les céramiques de Jingdezhen ont circulé par voie terrestre et maritime le long de la Route de la soie, servant de vecteur d’échanges culturels et commerciaux entre l’Orient et l’Occident.

Une artiste céramiste étrangère échange avec des bénévoles lors de la foire d’art d’automne de Taoxichuan Ceramic Art Avenue à Jingdezhen, dans le Jiangxi, en octobre. PHOTO FOURNIE AU CHINA DAILY
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