Shanghai en route vers le zéro déchet
L’économie circulaire s’étend des quartiers résidentiels aux secteurs industriels.
Sept ans après être devenue la première région de niveau provincial, en Chine, à imposer le tri des déchets ménagers, Shanghai passe aujourd’hui d’une simple logique d’élimination des déchets à une économie circulaire de haute technologie. Le 30 mars, à l’occasion de la quatrième Journée internationale du zéro déchet, les autorités municipales ont dévoilé l’indice zéro déchet de la ville, avec un score de 86,96 sur 100 - un indicateur mesurant les progrès dans sept catégories de déchets solides.
Depuis l’entrée en vigueur de la réglementation sur la gestion des déchets en 2019, le taux de recyclage des déchets ménagers à Shanghai est passé de 35 % à 45,3 %. Les catégories couvertes par cet indice incluent les déchets ménagers, les déchets industriels solides, les déchets dangereux, les déchets de construction, les déchets médicaux, les déchets agricoles ainsi que les boues municipales. Selon les experts, cette progression n’est pas une avancée isolée, mais le résultat d’une optimisation des structures industrielles, d’une modernisation technologique et d’un affinage de la gouvernance locale, combinés à l’adoption de nouveaux réflexes écologiques par les habitants.
La question du compostage
La stratégie de la ville repose sur un traitement localisé afin de réduire les contraintes logistiques liées au transport des déchets. Dans le sous-district de Jiaxing Road, dans le district de Hongkou, un projet pilote traite actuellement 100 kilogrammes de déchets alimentaires par jour grâce à un procédé de dégradation microbienne. Lei Guoxing, responsable du quartier résidentiel, explique que l’engrais produit est utilisé pour végétaliser les espaces communs. « Aujourd’hui, en voyant les déchets alimentaires transformés en engrais directement au pied de chez eux, les habitants peuvent constater concrètement comment les déchets deviennent une ressource, explique-t-il. Cela contribue à créer une boucle de valorisation du tri et à renforcer durablement les habitudes de recyclage. » Dans la cantine du bureau de sous-district, le concept zéro déchet s’est également imposé : une vaisselle biodégradable est utilisée et des sacs alimentaires compostables sont proposés pour emporter les restes. La cantine dispose en outre d’un comptoir dédié aux portions réduites, une initiative qui a permis de réduire de 80 % les déchets de cuisine, selon Zhao Zhengya, responsable du site.
Matériaux verts
Née à Shanghai, l’entreprise de technologie microbienne Bluepha est spécialisée dans les couverts jetables, les pailles, les revêtements de gobelets en papier et les sachets film. Les matières premières utilisées pour ces produits sont issues d’huiles et de graisses provenant de déchets alimentaires. « Des matières premières venant du secteur de la restauration qui, grâce au recyclage des ressources, retournent vers cette même industrie. Cela crée une boucle particulièrement intéressante et porteuse de sens », souligne Li Shenghui, ingénieur senior en recherche et développement au sein de l’entreprise. Selon lui, la société s’est affranchie des méthodes traditionnelles de traitement en transformant les huiles usagées et les huiles de vidange alimentaire en une véritable réserve de matières premières destinées à des matériaux verts à forte valeur ajoutée. Cette approche a conduit au développement du produit phare de l’entreprise : les polyhydroxyalcanoates, ou PHA. « Nous utilisons spécifiquement les huiles alimentaires usagées et d’autres biomasses non alimentaires comme source de carbone de seconde génération pour nos produits PHA, permettant ainsi une valorisation efficace de ces déchets », précise Li. Ajoutant que remplacer les plastiques pétrochimiques traditionnels par ces matériaux contribue à réduire la pollution liée aux décharges et à l’incinération. Selon l’entreprise, remplacer une tonne de plastique conventionnel par une tonne de PHA permettrait ainsi de réduire les émissions polluantes de 1,54 tonne.
Recyclage industriel
Dans le secteur industriel, le traitement des déchets d’aluminium constitue un test de précision en matière de recyclage des ressources. À Zhangyan, dans le district de Jinshan, l’entreprise de nouveaux matériaux CSMET mise sur des technologies innovantes pour résoudre le problème des déchets industriels solides, transformant l’aluminium usagé en matières premières destinées à des fabrications de pointe. Les déchets ménagers en aluminium (comme les canettes, ou les tubes de rouge à lèvres) ainsi que les déchets industriels solides, tels les copeaux d’aluminium et les pièces moulées rebutées, deviennent des alliages d’aluminium. « Nous appliquons le principe : “déchets solides entrants, ressources sortantes”, en transformant l’aluminium usagé en nouvelles ressources », raconte Chen Nan, vice-président de l’entreprise. Les canettes recyclées sont retraitées puis transformées en nouvelles canettes, maximisant ainsi le recyclage des ressources. » Si, chaque année, CSMET recycle environ 130 000 tonnes d’aluminium usagé, l’entreprise ne se contente pas de refondre : elle développe de nouveaux alliages bas carbone à partir d’aluminium recyclé. Cela permet de transformer ces déchets en matériaux destinés notamment aux carrosseries automobiles, tout en conservant les performances de l’aluminium primaire. L’alliage obtenu, ne nécessitant aucun traitement thermique pour le moulage sous pression intégré, est désormais largement utilisé dans la production de pièces automobiles.






















