Hainan : des perles de sagesse concrétisent la compatibilité entre écologie et nucléaire
Du projet concernant les mollusques au réacteur modulaire de nouvelle génération, l’île trace sa voie vers l’avenir.
Par une lumineuse matinée d’hiver, He Hanyong, spécialiste de la culture perlière, entrouvre délicatement une huître nacrée. À l’intérieur se trouve quelque chose d’extraordinaire – non pas seulement une gemme naturelle, mais le symbole d’une alliance surprenante entre écologie et industrie. « Regardez, murmure-t-il en sortant avec précaution une perle parfaitement ronde qui brille sous le soleil tropical des côtes de la province de Hainan. Dix-huit millimètres. L’eau d’ici leur donne un éclat exceptionnel. »
Ce banc d’huîtres perlières se trouve près du point de rejet de la centrale nucléaire de Changjiang, où Pinctada maxima – l’huître perlière à lèvres argentées – prospère désormais dans des eaux réchauffées par le système de refroidissement de l’installation.
« Cet endroit est riche en algues, explique He. Les huîtres perlières ont besoin d’un milieu propre, mais riche en nutriments. L’eau tempérée de la zone de rejet crée des conditions idéales : température stable, pureté, abondance de nourriture. »
Une découverte réjouissante
L’eau chaude rejetée par l’installation nucléaire nourrit un écosystème florissant. « Nous voulions introduire une espèce capable d’assainir l’eau en réduisant la prolifération d’algues. Nous avons choisi l’huître perlière à lèvres argentées », déclare Xu Chunsong, directeur du département des urgences environnementales de la société Hainan Nuclear Power Co.
Après plus de deux ans de culture expérimentale, scientifiques et ostréiculteurs ont non seulement maîtrisé la technique d’élevage de ces mollusques sensibles dans les eaux de l’installation nucléaire, mais ils ont surtout créé un modèle prometteur : la coexistence entre industrie et écologie à l’échelle nationale.
La plus grosse des perles issues de cette première phase atteint 18 millimètres de diamètre. Toutes ont une nacre si épaisse et si brillante qu’elles rivalisent avec celles des fermes perlières traditionnelles. « L’eau ici les nourrit remarquablement bien », souligne Chen Xian, technicien principal du projet. Une question, cependant, s’impose : les perles cultivées près d’une installation nucléaire présentent-elles un risque de radiation ? La réponse est catégorique : « C’est non, affirme Xu. Notre équipe de surveillance environnementale mesure en continu les paramètres autour de la centrale en analysant aussi bien les échantillons terrestres que marins. Les niveaux de radiation sont identiques à ceux enregistrés avant sa construction. »
L’innovation en acte
Ce projet novateur est un exemple parmi d’autres de la transformation en cours sur l’île. Depuis la mise en œuvre, en décembre, d’un régime douanier spécial destiné à positionner Hainan comme un nouvel espace d’ouverture économique, plusieurs initiatives attirent l’attention internationale, parmi lesquelles le réacteur nucléaire modulaire Linglong One, situé à proximité.
À seulement quelques kilomètres des ostréiculteurs, le premier petit réacteur nucléaire modulaire commercial terrestre du monde s’élève sous le ciel tropical. Conçu par la China National Nuclear Corporation (CNNC) qui a fait appel à des technologies nationales, propriété intellectuelle de la Chine, Linglong One, dont l’exploitation commerciale est prévue cette année, est le premier réacteur modulaire terrestre à avoir passé avec succès l’examen de sûreté de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Une fois mis en service, ce réacteur produira un milliard de kilowattheures d’électricité par an, de quoi alimenter 526 000 foyers tout en réduisant de 880 000 tonnes les émissions de dioxyde de carbone – l’équivalent d’une plantation de 7,5 millions d’arbres.






















