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Le tout-bénéfice de l’adhésion de la Chine à l’OMC

Par Chen Weihua(China Daily) 26-09-2019

Le tout-bénéfice de l’adhésion de la Chine à l’OMC

Des employés d'Airbus au travail sur un avion de ligne A320 au stade de la chaîne d'assemblage final à Tianjin. [Provided to China Daily]

Depuis son appartenance à l’Organisation mondiale du Commerce, le pays s’affirme comme un moteur majeur de la croissance économique mondiale.

Lorsque la Chine a rejoint l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en décembre 2001, le Premier ministre Zhu Rongji a dit que les 15 années de négociations accumulées pour y parvenir avaient fait « tourner [ses] cheveux noirs au gris ».

La Chine a présenté sa candidature en vue de son admission le 10 juillet 1986, cherchant à retrouver le « statut de partie contractante » qui était le sien dans le cadre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (General Agreement on Tariffs and Trade, GATT), le prédécesseur de l’OMC. Cette initiative évolua par la suite vers des pourparlers relatifs à une admission au sein de l’OMC après la formation en 1995 du nouvel organe mondial du commerce appelé à remplacer le GATT.

Le 15 novembre 1999, M. Zhu a beaucoup contribué à l’aboutissement des discussions sino-américaines les plus critiques concernant l’accession de la Chine. On vit les deux parties faire des concessions sur sept questions dont le blocage avait empêché un accord, selon le négociateur en chef chinois à l’époque, Long Yongtu.

Charlene Barshefsky, la représentante américaine au commerce, ne s’était pas montrée très optimiste pendant ce cycle de pourparlers, jusqu’au moment où M. Zhu intervint ce matin-là pour donner son accord sur trois concessions chinoises.

Exténués mais enthousiastes, Mme Barshefsky et Gene Sperling, le directeur du Conseil économique national, appelèrent le président américain Bill Clinton depuis les toilettes pour les femmes au rez-de-chaussée du ministère du Commerce extérieur et de la Coopération économique à Pékin (aujourd’hui devenu le ministère du Commerce) pour lui donner la bonne nouvelle. Mme Barshefsky a souvenir que les toilettes étaient le seul endroit calme que les deux négociateurs avaient pu trouver pour placer un appel aussi important.

M. Clinton, qui effectuait une visite à Ankara, la capitale turque, était sous la douche au moment de l’appel mais son assistant lui demanda de le prendre car il s’agissait d’une percée dans les négociations avec la Chine, un sujet qui retenait toute l’attention du dirigeant américain.

La Chine est devenue le 143ème membre de l’OMC le 11 décembre 2001, un événement qui a engendré de grands changements pour le pays et pour le monde.

Pour Pascal Lamy, directeur général de l’OMC de 2005 à 2013, la Chine est devenue, grâce à son adhésion, un acteur majeur du commerce international. Il était patent que le pays allait profiter du libre-échange avec le reste du monde, et le reste du monde, profiter à son tour du libre-échange avec la Chine, tout le monde y retrouvant donc son compte, estime-t-il.

Lors d’un récent entretien avec le journal China Daily à Bruxelles, M. Lamy a rejeté certains avis exprimés aux États-Unis selon lesquels le fait de laisser la Chine rejoindre l’OMC était une mauvaise idée. « Bien sûr que c’était une bonne idée – une bonne idée, et cela a marché extrêmement bien », affirme M. Lamy, un Français qui a également exercé les fonctions de Commissaire européen au Commerce.

Avant l’adhésion de la Chine à l’OMC, l’excédent commercial du pays représentait entre 8 et 10% du produit intérieur brut (PIB), mais il est depuis lors retombé à près de zéro, ce qui signifie que ses importations ont augmenté plus que ses exportations. « Dans l’ensemble, ce fut donc une bonne affaire pour le reste du monde », relève M. Lamy.

Selon lui, en rejoignant l’OMC, la Chine, qui axait à l’époque son économie sur les importations, s’est procuré une assurance contre le protectionnisme. C’est la raison pour laquelle Pékin a accepté des conditions spécifiques qui étaient plus exigeantes que pour des pays en développement comparables, tels que l’Inde et l’Afrique du Sud à l’époque.

Mme Barshefsky en convient. Dans un entretien avec l’organe d’informations financières chinois Yicai en mars de l’année dernière, elle a dit ne pas regretter d’avoir autorisé l’entrée de la Chine à l’OMC. « Aux États-Unis, certains le regrettent. Ce n’est pas mon cas. Je ne peux imaginer comment, en considérant un cinquième de la planète, on puisse dire ‘non merci, ça ne m’intéresse pas’. Ce n’est pas, à mon avis, un point de vue rationnel ». Elle qualifie l’accession de la Chine à l’OMC d’« historique à la fois pour le pays et pour le monde ».

Depuis son adhésion à l’OMC, le PIB de la Chine a été presque décuplé, passant de 1,34 billion de dollars (1,23 billion d’euros) en 2001 à 13,28 billions l’an dernier. Le pays est devenu la deuxième économie mondiale en termes de PIB nominal, n’étant devancé que par les États-Unis.

La Chine est également devenue la première puissance commerciale au monde en 2013. L’an dernier, ses échanges de marchandises ont représenté 4,62 billions de dollars, par rapport à 509,8 milliards en 2001. En juillet, ses réserves de devises étrangères se sont élevées à 3,1 billions de dollars, par apport à seulement 200 milliards en 2001.

Tu Xinquan, président de l’institut chinois d’études sur l’OMC à l’université de commerce international et d’économie à Pékin, qualifie l’accession de la Chine à l’OMC d’« étape très importante » après la fondation de la République populaire de Chine en 1949.

La politique de réforme et d’ouverture lancée avant l’adhésion du pays était « tout à fait expérimentale » selon lui. Citant le défunt dirigeant Deng Xiaoping, il compare l’expérience à celle de « patauger dans la rivière en s’accrochant aux cailloux ». « Après avoir rejoint l’OMC, la Chine a pratiqué la réforme et l’ouverture en suivant un ensemble de règles déjà en place et en se conformant à des normes et des ordonnances internationales », explique M. Tu en ajoutant que c’était là une initiative cruciale pour permettre au pays de s’intégrer au système économique international.

Selon le livre blanc « La Chine et l’Organisation mondiale du Commerce » publié par le bureau de l’information du Conseil des affaires d’État le 28 juin de l’année dernière, le pays a poursuivi ses efforts visant à améliorer son système d’économie de marché socialiste, affiné l’alignement de ses politiques sur les règles commerciales multilatérales, honoré ses engagements sur l’ouverture des échanges de biens et de services, et renforcé la protection des droits de propriété intellectuelle.

« Des progrès remarquables ont été réalisés dans l’amélioration de la stabilité, de la transparence et de la prévisibilité de ses politiques d’ouverture », écrit le livre blanc. « La Chine a contribué de manière significative au fonctionnement efficace du système d’échanges multilatéral ».

Après son adhésion à l’OMC, le pays a réexaminé et modifié 2 300 lois, règlementations et règles ministérielles au niveau du gouvernement central, ainsi que 190 000 mesures et règlementations au niveau infranational couvrant les échanges, l’investissement et les droits de propriété intellectuelle.

En 2010, la Chine avait tenu tous ses engagements en matière de réduction tarifaire, ayant ramené le taux moyen de 15,3% en 2001 à 9,8%. Elle a réduit le niveau tarifaire moyen sur les biens manufacturés de 14,8% à 8,9%, et le taux moyen sur les produits agricoles de 23,2% à 15,2% – soit un quart du taux mondial moyen, par ailleurs bien inférieur aux 56% imposés par les pays en développement membres de l’OMC et aux 39% appliqués par les pays membres développés.

Le pays a pris d’importantes mesures pour réduire les barrières non tarifaires. Parmi elles figurent l’élimination des quotas sur les importations, des licences d’importation, des exigences particulières en matière d’appel d’offres relatif aux importations, ainsi que d’autres mesures en 2005 concernant 424 biens tels que les automobiles, les appareils et les produits électroniques ou encore le caoutchouc naturel.

Le marché intérieur des services s’est également ouvert, à propos de quoi le livre blanc affirme : « En 2007, la Chine avait honoré tous ses engagements en matière de commerce dans les services ».

Le pays a par ailleurs abaissé le seuil des investissements étrangers dans les services. En 2010, l’investissement direct étranger (IDE) dans ce secteur dépassait pour la première fois ce qu’il était dans l’industrie manufacturière. En 2017, l’IDE dans le secteur des services représentait 73% du total de l’investissement direct étranger en Chine.

Le livre blanc dresse la liste des mesures prises par le pays pour renforcer la protection des droits de propriété intellectuelle en adoptant des lois et des règlementations à cet effet mais aussi en améliorant leur application.

En mai de l’année dernière, la Chine avait signé 16 accords de libre-échange avec 24 pays et régions. Par ailleurs, elle négocie actuellement le Partenariat économique régional global, un accord de libre-échange entre les 10 membres de l’Association des Nations du Sud-Est asiatique auxquels s’ajoutent l’Australie, la Chine, l’Inde, le Japon, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du sud.

M. Lamy, l’ancien directeur général de l’OMC, estime que la Chine a tenu ses engagements envers l’organisation. Les fois où elle avait violé ces engagements, elle avait été déférée devant le mécanisme de règlement des différends de l’OMC, et quand elle avait perdu sa cause, elle s’était conformée au jugement rendu.

Le livre blanc indique qu’en avril de l’année dernière, la Chine avait porté 17 différends devant l’OMC, dont 8 avaient abouti. Le pays avait par ailleurs fait l’objet de 27 doléances à son encontre, dont 23 avaient abouti.

« La Chine s’est activement défendue dans les procès qui lui étaient faits, elle a respecté les décisions de l’OMC et procédé aux ajustements nécessaires… conformément aux règles de l’OMC », souligne le livre blanc. « Jusqu’à présent, aucune des plaintes n’a été suivie de mesures de rétorsion contre la Chine ».

David Dollar, associé principal au sein du groupe de recherche américain de la Brookings Institution, confirme que « la Chine a dans une large mesure honoré ses engagements relatifs à l’OMC ». Toutefois, elle ne les a pas remplis en ce qui concerne l’ouverture du système bancaire, les cartes de crédit et les achats gouvernementaux, précise-t-il.

Ancien responsable de la Banque mondiale en Chine et envoyé du département du Trésor des États-Unis à Pékin, M. Dollar souligne que l’ouverture de la Chine au commerce international et à l’investissement étranger depuis qu’elle a rejoint l’OMC avait augmenté la croissance et réduit la pauvreté de façon significative. Depuis 1978, le pays a extrait de la pauvreté plus de 700 millions de personnes, dont un grand nombre depuis son accession à l’OMC.

« Les exportations proviennent principalement du secteur privé, ce qui fait que l’ouverture au commerce a permis l’expansion du secteur privé, créant par là même des dizaines de millions d’emplois pour les personnes quittant la campagne pour la ville », fait remarquer M. Dollar, qui a beaucoup voyagé dans le pays pendant son séjour en Chine pour la Banque mondiale de 2004 à 2009. « Ce fut un moteur essentiel de la réduction de la pauvreté. La Chine étant devenue le premier pays commerçant au monde, elle a procuré des possibilités d’échanges à des pays riches comme à des pays pauvres, ce qui a produit une croissance plus forte pour eux comme pour l’économie mondiale ».

Selon le livre blanc, la Chine est devenue un moteur majeur de la croissance économique mondiale, et depuis 2002, sa contribution à l’expansion en question est de près de 30% en moyenne.

L’investissement direct étranger du pays est passé de 46,88 milliards de dollars en 2001 à 135 milliards l’an dernier.

Selon le rapport d’enquête 2019 sur le climat des affaires en Chine produit par la Chambre de Commerce américaine en Chine, le pays reste une priorité pour tous les secteurs s’agissant des plans d’investissement internationaux à moyen terme. La moitié des entreprises sondées sont optimistes quant à la poursuite de l’ouverture des marchés aux sociétés étrangères, ce qui constitue le taux de confiance le plus élevé depuis 2016.

De nombreux observateurs se disent également optimistes pour ce qui est des débouchés commerciaux fournis par la consommation intérieure. En janvier, le bureau d’études new-yorkais eMarketer prévoyait que le commerce de détail chinois représenterait plus de 5,63 billions de dollars cette année, dépassant de plus de 100 milliards celui des États-Unis.

Si les rapides progrès de la Chine ont attiré l’attention au niveau mondial, le pays fournit aussi à la planète des « biens publics », principalement aux pays en développement. La Banque d’investissement asiatique pour les investissements et l’Initiative Ceinture et Route (les nouvelles Routes de la soie), toutes deux lancées en Chine, alimentent rapidement l’expansion en matière de financement et de développement de la connectivité entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

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