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Ils étaient cent ; ils ont modernisé l’art chinois

Par Lin Qi(China Daily) 25-03-2019

Ils étaient cent ; ils ont modernisé l’art chinois

Pioneering (Œuvre de pionniers), une exposition organisée au musée d’art de l’académie centrale des beaux-arts rassemble des toiles et des sculptures réalisées par des artistes ayant étudié en France pendant la première moitié du 20ème siècle. [Photo Provided to China Daily]

Une récente exposition a réuni les œuvres de créateurs qui ont été à l’avant-garde de la renaissance artistique du pays.

La première moitié du 20ème siècle a vu une progression sensible du nombre de personnes allant étudier à l’étranger. Des centaines de jeunes gens ont embarqué sur des bateaux à destination de l’Europe, du Japon et de l’Amérique du Nord. Ils étaient animés par l’espoir que leurs études contribuent à extraire leur patrie de l’abîme de la pauvreté et du chaos.

Certains montaient à bord d’un paquebot assurant régulièrement une liaison entre la Chine et la France. Pendant un mois de traversée, ils enduraient tous les inconforts du voyage par mer avant d’arriver enfin à Paris, capitale mondiale des arts.

Entre les années 1911 et 1949, ces Chinois talentueux, arrivés en groupes séparés, se sont affirmés comme peintres, lithographes et sculpteurs parfaitement formés. Citons parmi eux : Wu Fading, le premier bénéficiaire d’une bourse d’État pour étudier en France, selon des documents officiels, qui est passé du droit à la peinture à l’huile ; Pang Xunqin, qui a abandonné ses études de médecine à l’université Aurora de Shanghai ; Pan Yuliang, qui a été libérée d’une maison close pour entreprendre des études grâce au parrainage de son mari ; et Zao Wou-ki, qui a quitté son poste d’enseignant pour partir en voyage avec sa première femme, l’artiste Xie Jinglan.

De tels artistes, au nombre d’une centaine, ont sensiblement contribué à faire passer l’art chinois, profondément enserré dans des règles désuètes, à un âge moderne accordant une plus grande place au dynamisme. Jusqu’à récemment, aucune exposition n’avait donné lieu à une présentation d’ensemble de ce groupement artistique, mais l’académie centrale des beaux-arts de Pékin, où ont enseigné nombre des artistes en question, a présenté jusqu’au 3 mars la première manifestation en groupe jamais organisée, Pioneering (Œuvre de pionniers) au musée d’art de l’établissement.

Les commissaires de l’exposition se sont démenés pour localiser les œuvres d’une quarantaine d’artistes et obtenir le prêt d’environ 200 tableaux et sculptures auprès de musées, de galeries et de collectionneurs privés. Parmi les artistes représentés, les plus jeunes, Liu Ziming et Lyu Xiaguang, sont morts il y a cinq ans à l’âge de 87 ans.

Pour Philippe Cinquini, le co-commissaire français de l’exposition qui en supervisait une partie consacrée aux œuvres d’artistes français ayant à un certain moment servi de mentors aux étudiants chinois, chaque pièce de l’exposition racontait une part d’histoire individuelle, un voyage d’aventure vécu par des jeunes gens et des jeunes femmes qui avaient eu le courage de traverser continents et océans pour réaliser leur rêve artistique.

Parmi les artistes présentés figuraient de grands noms, tels Xu Beihong, personnage influent de la marche de la Chine vers l’indépendance, et Liu Kaiqu, le premier directeur du musée d’art national de Chine et un sculpteur ayant participé à plusieurs réalisations publiques du pays, notamment le monument des Héros du Peuple de la place Tian’anmen à Pékin.

L’exposition a également signalé des artistes peu connus qui sont morts peu de temps après les débuts de leur carrière et dont seule une poignée d’œuvres ont survécu.

Ils étaient cent ; ils ont modernisé l’art chinois

Ils étaient cent ; ils ont modernisé l’art chinois

Tableaux présentés à l’exposition Pioneering (Œuvre de pionniers) à Pékin, de gauche à droite : Son of the Earth (Fils de la Terre), de Pang Xunqin ; Bombing of Chongqing (Bombardement de Chongqing), de Chang Shuhong. [Photos Provided to China Daily]

Shao Dazhen, un théoricien de l’art prééminent et professeur à l’académie centrale des beaux-arts, estime que les artistes chinois en France ont formé une force visible reflétant les efforts que déployait la société chinoise pour découvrir le monde moderne.

« Leurs travaux révèlent la façon dont ils voyaient et géraient les conflits culturels entre la Chine et l’Occident », explique le professeur. « Ils se sont beaucoup efforcés de maîtriser les beaux-arts occidentaux, tels que la peinture à l’huile, l’aquarelle et la sculpture, tout en injectant une maîtrise de la culture chinoise dans leurs créations dans l’espoir de parvenir au suprême objectif – celui d’apporter à l’art chinois une renaissance moderne ».

Xu Beihong a transposé la tradition artistique européenne classique dans sa production ambitieuse de plusieurs toiles à l’huile retraçant d’anciennes anecdotes chinoises et conçues pour élever l’esprit du pays.

Pang Xunqin, issu d’une famille bien introduite, abandonna la perspective d’une carrière médicale à laquelle le destinait sa famille. À la place, il entreprit la peinture et le stylisme. Il rassembla des motifs récupérés sur des antiquités chinoises, tels des objets en bronze ou des instruments de la vie quotidienne de groupes ethniques, les publia et les utilisa dans ses créations.

Chang Shuhong a vu ses tableaux récompensés par plusieurs médailles au prestigieux Salon de Paris. Après son retour en Chine dans les années 1930, il consacra le restant de sa vie à la recherche sur l’art de Dunhuang, dans la province du Gansu, et à sa préservation.

La fille de Shuhong, Chang Shana, âgée de 88 ans, rapporte que l’intérêt de son père pour Dunhuang a été éveillé par sa découverte, chez un bouquiniste des berges de la Seine, d’un livre du sinologue français sur le sujet, Paul Pelliot. Elle le cite : « il m’adit : ‘Autant j’admire l’art européen, autant je sais bien peu de notre propre culture. Quel dommage.’ »

Née à Lyon, Chang Shana porte le nom de la Saône et se souvient que sa maison était le point de rencontre des artistes chinois en France. « Mon père et ses compagnons adoraient le pays. Ils étudiaient là où ils étaient dans le but de servir leur peuple dans leur patrie ».

Pour Fan Di’an, directeur de l’académie centrale des beaux-arts de Pékin, ces pèlerins de l’art ont rapporté en Chine non seulement des méthodes avancées dans les domaines artistique et éducatif, mais aussi transmis un idéal porteur de la renaissance de l’art chinois. Et de conclure : « Ils ont étudié dans le même pays, tandis que l’évolution de leur carrière, qu’ils soient revenus au pays ou restés en France, s’est diversifiée pour fertiliser le terroir de l’art chinois moderne ».

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